SA CANNEBIÈRE*
La Canebière
n’est pas un des travaux d’Hercule ni même, l’assèchement des
marais pontains de Mussolini. Ce n’est que le prolongement et
l’ouverture d’un marigot de chanvre; une chanvrière, avant qu’il
ne devienne un canoubier, autrement dit un champ de cannabis. De là à
y voir le caractère allumé des marseillais inhalant les vapeurs de
corderie qui résultaient de l’industrie des gréements, il n’y a
q’un joint malveillant. Toujours est-il que ce champ de pavot
finissait dans un mur qui le séparait du port et qui ne fut abattu
qu’au XVIIème
siècle. Comme dans
un certain nombre de mythes, c’est d’un faisceau de présomptions
que l’on constitue une montagne de faits; c’est justement de son
insignifiance initiale et de ce champ de navets hallucinogènes que vont
surgir les bases d’une fantasmagorie qui vont désormais accompagner
Marseille et sa Canebière.. Avant
d’être la porte de l’orient, Marseille l’a été de l’occident
puisque la légende raconte que Gyptis accosta aux rivages de celle-ci,
dans une petite calanque. Puis de Pythéas à Euthymènes ce fut
l’ouverture de la voie du
septentrion, puis l’aventure vers l’Afrique. En ces temps de
cabotage, on ne peut pas, comme le souhaite Marius (celui de
Pagnol) qui s’en désespère à Escartefigue transporteur latéral du
port de Marseille, tirer droit sur le grand large.
« Mais
le soir, quand vous partez pour la dernière traversée, qu’il y a
tant de lumière sur l’eau, il ne vous est jamais venu l’envie de
tourner la barre, tout d’un
coup et de mettre le cap sur la haute mer»
C’est
toute la fantasmagorie du Marseille colonial, sa vocation, entretenue par le départ des croisades en terre
sainte, des galères vers les barbaresques, des échanges lucratifs de
grains avec la Crimée, des voyages négriers vers St Domingue, du
marchandage d’émigrés italiens par les Cie Maritimes Marseillaises.
Ce sera la trace immémorielle, d’un ailleurs au-delà des colonnes
d’Hercule qui fait de la Canebière l’artère aortique d’un monde
ancien qui ne peut mourir et la consacre :
Capitale
des marins de l’univers
*La
Canebière s'écrivait ainsi en 1927
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